Dissémination irréversible

13/10/2000

Voici le processus qui permet à la vie de coloniser une île volcanique récemment sortie des flots suite à l'activité tectonique : Après que le magma ait refroidi au contact de l'eau et de l'air, les vents transportant des pollens, graines et autres poussières déposent leurs semences à même la roche. Les courants, eux déposent des limons particulièrement abondant au niveau des rifts océaniques — lieu de conflits tectoniques entre les plaques — qui résultent de la décomposition d'organismes vivants au fond de l'eau. Puis, des oiseaux migrateurs croiseront probablement au hasard d'un de leurs très longs périples cette petite île pour s'y régaler de baies. Des mollusques, des crabes peupleront les plages rocheuses. Et de fil en aiguille, ce processus pouvant durer des centaines d'années mais plus généralement quelques années, permettra l'émergence d'un écosystème complet. De tels exemples sont très courants et certaines îles sont ainsi surveillées par des équipes de scientifiques qui s'arment de toutes les précautions pour ne pas perturber ce phénomène naturel. De plus, des recherches récentes montrent que les nuages sont de véritables niches bactériologiques ; des bactéries transportées par le vent ou l'eau vapeur atteignent ces nébulosités pour y être éventuellement déposées ailleurs.

Nous avons vu qu'un bout de roche stérile était capable de devenir un refuge riche de vie. Une île déserte en plein océan, à des milliers de kilomètres des plus proches terres est perpétuellement soumise à un déluge de formes de vies très variés. Alors que l'on ne vienne pas nous dire que les gènes d'un champ de maïs transgénique ne peuvent pas se transmettre au champ voisin de maïs non-transgénique. L'hybridisme est à la base même de l'agriculture : c'est en croisant de cette manière les espèces que l'on a pu augmenter la qualité des plants ainsi que la productivité.

Cet hybridisme est inéluctable et irréversible : des gènes acquis accidentellement ou non — disséminés dans la nature — ne peuvent plus être contrôlés et encore moins supprimés. Les gènes que l'on insert dans une espèce le sont pour transmettre un avantage contre les parasites, augmenter la résistance aux caprices de la météo, etc. la sélection naturelle les conservera inévitablement. Sitôt qu'un OGM (organisme génétiquement modifié) se retrouve dans la nature, même dans un champ bien délimité et surveillé régulièrement, le vent, le ruissellement des pluies, l'évaporation transporterons les graines, les pollens, les bactéries et les parasites (qui échangent du code génétique avec leurs hôtes) qui à leur tour dissémineront ce nouveau code génétique créé de synthèse. D'un champ à l'autre, d'une région à une autre, d'un continent à un autre. Voilà comment il est impossible d'enrayer toute pollution génétique ni même d'en contrôler ou d'en percevoir à temps les effets, des gènes pouvants rester silencieux des générations durant.

Les premières semences transgéniques contenaient des gènes de résistance aux antibiotiques car, utilisés comme « marqueurs » permettant de détecter la réussite d'une insertion de gènes dans un ADN, les ingénieurs avaient oubliés de les supprimer de leur package lors du passage entre expérimentation en laboratoire et industrialisation de masse. Ces oublis fâcheux ne se réparent pas. Voilà pourquoi il est périlleux de disséminer des gènes sans étude épidémiologique.

Cette dissémination interdit la production et la conservation de souches non-transgéniques. Ces dernières risquent fort bien de disparaître. Ainsi, la filière « bio » à du soucis à se faire. Cette industrialisation précipitée d'OGM risque de compromettre les équilibres biologique. Leur innocuité sur l'homme n'a même pas été étudiée. Face au risque avéré de dissémination inéluctable de ces OGM, des études poussées devraient être menées afin d'analyser les risques potentiels, les effets à grandes échelles des nouveaux gènes. Cas en cas de toxicité, nous sommes totalement démunis.