Affaire du sang contaminé

Pourquoi cette affaire a-t-elle autant été relaillée par les médias et pourquoi a-t-elle déclenché des réactions aussi passionnées ? La gravité et l'étendue de la contamination par le virus du sida ainsi que la décision de saisir la Haute Cour de Justice de la République afin de juger des dirigeants politiques en sont les principales raisons. C'est la première fois en France que des ministres ont à rendre compte de leurs actes devant une cour dans le cadre d'une catastrophe sanitaire. On reprochait à Laurent Fabius, Edmond Hervé et Georgina Dufoix, les retards dans la mise en œuvre du dépistage automatique, les retards dans la mise en œuvre des processus d'inactivation du virus du sida par le chauffage des produits anti-hémophiliques. Des imprudences, des fautes d'inattention et de négligence ainsi que des manquements aux obligations de prudence et de sécurité ont été les chefs retenus contre les trois anciens ministres.

La tradition juridique française et une orientation sociale moderne veut que l'on trouve systématiquement des responsables mais surtout des coupables afin d'éviter la frustration de l'injustice. Le préjudice moral subit par les victimes, leur familles et toute la société doit être réparé par un autre préjudice, une vengeance, pour sauver l'honneur... On exige par delà des dirigeants qu'ils prennent leur responsabilités et assument leur fautes. Mais de quelles fautes s'agit-il réellement ? De ne pas avoir été en avant des connaissances scientifiques. Il est vrai qu'il nous apparaît, quelques années après les faits, et surtout après de prodigieuses avancées dans le domaine de l'étude du virus du sida, que des mesures simples et rapides auraient pu éviter une telle étendue quantitative de l'épidémie. Mais à l'époque, les savoirs diffus n'étaient évident pour personne. On ne voit la lumière du jour que lorsque notre vision y est habituée. Les évidences n'ont de force qu'après les avoir éprouvées.

Ce procès montre à quel point la société recherche des coupables et se voit incapable d'admettre la faille collective. Nos dirigeants ont-ils fait preuve d'obscurantisme ? Les chercheurs se sont-ils rendus coupables d'ignorance ? Les organismes de santé publiques ont-ils été irresponsables ? La faute ne peut incomber à une personne (ou trois). La multiplicité des causes du désastre rend le jugement difficile. Mais dans le même temps, une absence de coupable serait frustrante. Alors, afin de contenté la masse avide de boucs émissaires et pour sauver une institution, vaut-il peut-être mieux sacrifier quelques individus. Il est vrai qu'il est plus simple de condamné des hommes que d'entamé un débat qui mettrait en évidence les carence de la société. Une société qui connaîtrait un morcellement des compétences, qui ne saurait pas communiquer, qui rejetterait les responsabilités, qui serait en fait malade de la vie moderne où l'on exige de chacun qu'il soit spécialiste de son domaine, où chacun se cantonne à son "domaine réservé", où l'où doit avoir réponse à tout, tout de suite et parfaitement...